Vu hier soir sur Arte entre deux chargements de cartons l’excellente émission sur le festival Hurricane, plus grand festival Open Air d’Allemagne. Le temps de poser mon rouleau de scotch et mon cutter pour comprendre l’impression de déjà vu : presque tous les groupes que j’avais vu à Greenfield ont aussi passé au Hurricane ! Décidément, ils ne se sont vraiment pas moqué de nous.
Mention spéciale pour les Finnois d’Apocalyptica, qui ont vraiment renouvellé le genre Metal. Tenues « traditionnelles » de moules-burnes en cuir, clous, bracelets et agitations frénétiques de longues tignasses blondes en pagaille, mais, mais… ils jouent du violoncelle ! Ils reprennent entre autres des titres de Metallica, et franchement les riffs et solos de guitare au violoncelle donnent une nouvelle dimension à ces morceaux. Le timbre de l’instrument se prête très bien à ce genre de musique, et si on oublie un peu le côté folko-hardos-ringardos avec les tenues à la Europe ou Van Halen, on peut vraiment apprécier la qualité de ce groupe.
Ce matin en arrivant au travail, je me suis retrouvé en plein Brazil. Voici à quoi ressemblait l’étage juste au dessous de mon bureau :
On sait depuis un moment qu’un des corps du bâtiment est truffé d’amiante et qu’il va y avoir d’importants travaux d’assainissement, mais la partie ici en question n’est pas censée être concernée. Si l’on reste dans la logique Guillianesque, on peut penser que le mauvais formulaire a été rempli et que les travaux se feront dans le mauvais bâtiment. Ou alors qu’il y a de l’amiante partout, parce que avec l’air que l’on brasse dans la maison, la répartition est maintenant uniforme dans tous les locaux.
J’ai essayé de demander aux ouvriers ce qui se passait : « C’est pour l’évacuation », il parait. Ah bon. En attendant, les gens qui veulent passer là se baissent et passent sans se poser de question. Et puis après tout, qu’ils se débrouillent, c’est pas mon étage.
J’ai tout de même contrôlé ce matin dans l’annuaire interne : contrairement à MM. Tuttle et Buttle, aucune confusion n’est possible sur mon nom de famille, il est suffisamment compliqué !
J’ai hésité à titrer « Acheter une maison peut nuire à votre santé et celle de votre entourage ». A l’entourage, c’est évident, car l’état des nerfs est rapidement mis à rude épreuve confrontés tant de fois à l’Administration. Franchement, le couple qui tient le coup à ça mérite une médaille, la bénédiction du curé et l’exemption fiscale à perpetuité, car il y a franchement matière à engueulades à répétition !
La santé, bon ben pas de chance, il fait 35 degré… Ce n’est pas mon genre de me plaindre de la température estivale, mais empaqueter, descendre 4 étages et retrimballer tout son bazar sous un cagnard pareil, franchement, ça vaut un stage commando à la légion étrangère. La dernière fois qu’il a fait une température pareille, c’était l’été 2003, le fameux du G8 et aussi celui où ils nous ont changé l’ascenseur de l’immeuble pendant 6 mois (même chez nous au boulot on gère les projets mieux que ça, c’est tout dire !), ce qui fait que je ne sais pas comment descendre la cuisinière et le frigo. La loi des séries ?
Mais bon, j’oublie le plus important : le proprio actuel nous a libéré le garage d’avance (oui, il est très cool !), et nous avons pu accomplir cet acte hautement symbolique en début de semaine : amener des cartons à nous chez lui. Du coup, ça devient déjà un peu chez nous. J’en ai rêvé toute la nuit suivante.
Dans le premier carton, il y avait une paire de moon boots, mon pantalon de ski « Alpin » de la Migros, ma veste de ski (modèle 1980 bleu fluo) et une polaire assortie. C’est dingue la valeur symbolique de ces habits !
Je réclame votre indulgence si vous me croisez sur les pistes cet hiver !
Ca y est, cette fois je crois qu’il ne manque plus rien. L’assurance, les écritures notariales, le deuxième pilier, les sous de la banque : on va enfin pouvoir acheter notre maison.
Mais quel parcours du combattant pour en arriver là ! Tout d’abord, trouver l’objet de nos désirs qui soit compatible avec le budget. Et là, c’est déjà le gros problème… Mais au bout de 3 ans de recherches, il y a quand même eu le moment où nous sommes ressortis de la visite sans rien dire, en pensant que c’est vraiment celle-là la bonne. Y’a plus qu’à l’acheter.
C’est là que l’on commence à rigoler. Tournée des banques, des assurances vies, loi sur la prévoyance professionnelle, tout cela me rappelle furieusement le Old Market de Sharm-el-Sheikh : on marchande à tout va; je rabote mon taux, mais tu vas chez mon assureur…
Mais même ça, on y est finalement parvenu. Y’a plus qu’à déménager.
Il faut commencer par gérer les dates de départ de l’ancien proprio, celle de la reprise de mon bail, celle de la rentrée… Et déménager après 10 ans au même endroit, ca aussi c’est du sport! Je ne vais quand même pas jeter ma collection de T-shirts ! Par contre, pourquoi ma femme garde ces vieilles guenilles, allez savoir. Non, ce n’est pas pareil ! Faudra louer un camion, un container, et une grue pour sortir la cuisinière qui ne rentre plus dans l’ascenseur, vu qu’ils l’ont changé depuis qu’on l’a montée.
Et le plus incroyable, c’est que je me rends compte que je m’engage dans une histoire de 25 ans avec une maison que j’ai visité 2 fois et dans laquelle je n’ai pas passé une heure. J’avais beaucoup plus réfléchi quand j’ai acheté mon dernier lecteur MP3…
Il a bien fallu que je me rende à l’évidence : elles ont disparu ! Il y a même tellement longtemps que je n’en ai pas vues, que j’ai fini par me demander si leur existence n’était pas un souvenir écran freudien d’une enfance en réalité tourmentée… Et puis une apparition l’autre jour à la Glo m’a rassuré sur la félicitée de mes jeunes années comme sur ma capacité mémorielle : elles ont bel et bien existé !
Je parle bien sûr des sonnettes qu’il y avait dans tous les bistrots pour appeller le sommelier. Un bouton en bakélite noir, au milieu d’un disque en laiton ou ferraille. Les bonnes adresses en avaient même sur la terrasse.
Bien sûr, seuls Papa ou Maman avaient le droit d’appuyer dessus. Ou alors, si j’anticipais au bon moment (« j’peux peser ? »), on me déléguait cette formidable autorité et je pouvait enfin poser mon doigt sur cette appareil au contact lisse, qui faisait apparaître la serveuse. A ce moment là, je me réjouissais d’être grand pour pouvoir moi-même tout seul décider d’appuyer sur le bouton…
Je suis grand maintenant… mais il n’y a plus de sonnettes dans les bistrots !


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